Septembre arrive, et avec lui cette poignée de cheveux dans la brosse qui fait paniquer. La bonde de la douche se bouche, l’oreiller se couvre. Avant de commander la première lotion miracle vue en publicité, une bonne nouvelle : dans la grande majorité des cas, la chute de cheveux d’automne est un phénomène banal et passager. Encore faut-il savoir la distinguer d’un vrai problème. Voici comment.
Ce contenu n’est pas un avis médical. Une chute importante, prolongée ou accompagnée d’autres symptômes justifie une consultation chez un médecin ou un dermatologue.
L’effluvium télogène, un phénomène naturel
Chaque cheveu suit un cycle en trois phases : croissance (anagène), transition (catagène), repos et chute (télogène). À un instant donné, environ 85 à 90 % de vos cheveux poussent, et 10 à 15 % sont en phase de repos, prêts à tomber pour laisser place à un nouveau. Perdre entre 50 et 100 cheveux par jour est parfaitement normal. Oui, 100. Ce chiffre surprend toujours, mais c’est la réalité d’un cuir chevelu sain qui compte environ 100 000 à 150 000 cheveux.
Ce qu’on appelle chute saisonnière porte un nom médical : l’effluvium télogène. Une proportion plus grande que d’habitude de cheveux bascule en phase de repos en même temps, puis tombe quelques semaines à quelques mois plus tard. Résultat, une chute plus visible, temporaire, diffuse sur l’ensemble du crâne.
Pourquoi surtout à l’automne
L’explication n’est pas totalement tranchée, mais l’hypothèse dominante tient à la lumière. Une étude suédoise de Randall et Ebling (British Journal of Dermatology, 1991) a documenté un pic de cheveux en phase télogène à la fin de l’été, avec une chute maximale à l’automne. La théorie : la forte exposition solaire de l’été prolongerait la phase de croissance, puis, quand les jours raccourcissent, un lot plus important de cheveux entre en repos d’un coup. Une réminiscence de mue saisonnière, en somme, atténuée chez l’humain mais pas disparue. La chute culmine généralement entre septembre et novembre, puis rentre dans l’ordre.
Quand ce n’est PAS saisonnier : les signes qui doivent alerter
Voici la partie qui compte vraiment. Une chute saisonnière est diffuse, modérée et se calme en 6 à 8 semaines. Consultez si la chute dure au-delà de 3 mois sans s’atténuer. Consultez si elle est localisée, avec des plaques bien délimitées, ce qui évoque une pelade et non un effluvium. Consultez si le cuir chevelu devient visible sur le dessus ou les golfes, ce qui oriente vers une alopécie androgénétique, un autre mécanisme. Consultez aussi si la chute s’accompagne de fatigue, de règles abondantes, d’ongles cassants, de prise ou perte de poids inexpliquée : une carence en fer, un trouble thyroïdien ou une carence sévère peuvent être en cause, et se corrigent une fois identifiés.
Un effluvium télogène peut aussi être déclenché par un choc survenu 2 à 4 mois plus tôt : accouchement, forte fièvre, intervention chirurgicale, régime restrictif, stress intense, arrêt d’une pilule. Le décalage explique qu’on ne fasse pas toujours le lien. Dans ce cas, la repousse suit une fois le déclencheur passé.
Compléments « spécial cheveux » : ce qui a des preuves, ce qui n’en a pas
Le rayon capillaire est un eldorado marketing. Soyons précis. Ce qui a des preuves : corriger une carence avérée. Une carence en fer (ferritine basse) est une cause fréquente et documentée de chute diffuse, surtout chez les femmes. La corriger, sur dosage sanguin et avis médical, relance la pousse. Idem pour une carence sévère en vitamine D ou en zinc. La biotine, elle, n’a d’intérêt qu’en cas de déficit réel, rarissime dans la population générale.
Ce qui n’en a pas : les compléments « anti-chute » pris sans carence. Se gaver de biotine ou de gélules multi-actifs quand on n’a aucun déficit ne fait pas repousser un cheveu de plus, cela colore juste vos urines et allège votre portefeuille. Pire, un excès de biotine fausse certains dosages sanguins, dont ceux de la thyroïde. Le principe est simple : on ne complémente que ce qui manque, après l’avoir mesuré.
Les gestes qui aident vraiment, sans se ruiner
Pour une chute saisonnière banale, la meilleure stratégie est la patience éclairée. Mangez suffisamment de protéines, le cheveu en est fait. Ne vous lancez pas dans un régime restrictif à l’automne, c’est le meilleur moyen d’aggraver la chute. Manipulez vos cheveux en douceur, évitez les coiffures trop serrées et la chaleur excessive. Et surtout, ne cédez pas à la panique consumériste : la chute d’automne se règle presque toujours seule, en quelques semaines. Si elle s’installe ou vous inquiète, la bonne adresse n’est pas la parfumerie, c’est le cabinet du dermatologue, qui pourra chercher une carence ou une cause précise.
Bref, comptez vos cheveux perdus sans dramatiser, surveillez la durée, et gardez votre argent pour des soins qui en valent la peine. La saison des feuilles mortes vaut aussi pour les cheveux, et comme les arbres, le cuir chevelu repart au printemps.
Même logique côté peau et gadgets beauté : avant d’investir, voir ce que valent vraiment les masques LED et la photobiomodulation, et comment choisir entre rétinol et rétinal sans abîmer sa barrière cutanée.
