Le blue monday, un mythe marketing devenu tradition… mais la déprime hivernale, elle, est bien réelle

En 2025, le Blue Monday fêtait ses 20 ans. Cette date, censée représenter “le jour le plus déprimant de l’année”, tombait alors le 20 janvier. En 2026, ce fameux troisième lundi de janvier glisse au 19 janvier. Chaque année, les mêmes messages reviennent : météo maussade, moral en berne, charge mentale post-fêtes… Pourtant, derrière cette date très médiatisée, il n’y a aucune science. Le concept repose sur un slogan publicitaire et une équation inventée de toutes pièces pour pousser les consommateurs à réserver des voyages.

L’histoire est révélatrice. En 2005, l’agence Sky Travel cherche un moyen de stimuler les ventes en période creuse. Elle met en avant un certain Cliff Arnall, présenté comme psychologue à l’université de Cardiff, pour calculer le moment où les gens seraient les plus enclins à acheter des séjours. Le Blue Monday était né, construit sur une équation mêlant météo, dettes de Noël, motivation déclinante et durée écoulée depuis les fêtes. Une équation “scientifique” qui n’avait en réalité rien de scientifique.

Dès l’année suivante, un chercheur publie dans The Guardian que la fameuse formule n’a pas été élaborée par un universitaire, mais directement par l’agence marketing, qui aurait même tenté de rémunérer des chercheurs pour l’avaliser. En 2010, Cliff Arnall finit par admettre que cette équation ne repose sur aucun fondement sérieux. Malgré tout, la date est devenue un marronnier médiatique, reprise chaque année sans regard critique.

Pourtant, réduire la dépression saisonnière à un événement marketing serait une erreur. Le Blue Monday est faux, mais la déprime hivernale, elle, existe bel et bien. Le Dr Clément Guillet, psychiatre au Centre Hospitalier La Chartreuse à Dijon et spécialiste de la luminothérapie, rappelle que l’hiver modifie réellement l’équilibre biologique, émotionnel et social de nombreuses personnes.

Le poids réel des saisons sur la santé mentale

Même si le Blue Monday est une construction publicitaire, le facteur saisonnier reste majeur en psychiatrie. Les services d’urgence constatent régulièrement des variations dans les épisodes dépressifs ou les tentatives de suicide en hiver, avec des pics identifiés dans les statistiques. Le lundi apparaît d’ailleurs comme un jour plus exposé que les autres, ce qui correspond à certaines études internationales.

L’hiver concentre plusieurs éléments qui fragilisent le moral : journées courtes, manque de lumière, isolement plus marqué, rythme social ralenti. Les sociétés où le lien social reste fort connaissent des taux de suicide plus faibles ; or ce lien social diminue naturellement en hiver. On se retrouve moins facilement à l’extérieur, on voit moins ses proches, on échange moins. À l’inverse, des chercheurs ont observé que lors de grands événements populaires, notamment sportifs, les suicides diminuent grâce à la dimension collective.

Le mois de janvier ajoute un autre facteur : le contrecoup des fêtes. Même des personnes isolées peuvent vivre une amélioration passagère de leur moral en décembre, parce que les interactions augmentent et que le cadre festif agit comme un soutien émotionnel. Mais dès janvier, la chute est brutale. On se retrouve soudain face à soi-même, à ses problématiques non résolues, et dans un environnement moins stimulant.

Il faut cependant distinguer 2 réalités : le blues hivernal, diffus mais temporaire, et la dépression saisonnière, bien plus sévère. Cette dernière se manifeste par une tristesse persistante, une baisse d’énergie, une perte de motivation, des troubles du sommeil et de l’appétit, et parfois des idées suicidaires. Ce n’est pas un simple passage à vide : c’est un trouble médical à part entière.

Comprendre la dépression saisonnière et ce qui la distingue d’une dépression classique

La dépression saisonnière suit un schéma répétitif, apparaissant aux mêmes périodes chaque année. Ses symptômes ressemblent à ceux d’une dépression classique, mais son déclencheur est différent. Le mécanisme central se situe dans un dérèglement de l’horloge biologique, principalement causé par le manque de lumière.

L’être humain est un animal diurne : son organisme dépend du contraste entre jour et nuit pour synchroniser ses rythmes internes. La mélatonine, hormone clé du sommeil, est sécrétée lorsque l’obscurité s’installe, mais son cycle se régule grâce à l’exposition à la lumière en journée. En hiver, ce contraste diminue, et tout l’équilibre se dérègle. Le sommeil devient moins réparateur, l’énergie baisse, l’humeur se fragilise. Plus la latitude augmente, plus ces mécanismes s’accentuent, ce qui explique les taux plus élevés de dépression saisonnière dans les pays nordiques.

Autre distinction majeure : les patients souffrant de dépression saisonnière ont tendance à dormir davantage, alors que les dépressions classiques s’accompagnent plus souvent d’insomnie. La saisonnalité est donc un indice clinique essentiel.

Comment lutter contre le blues hivernal et la dépression saisonnière ?

La luminothérapie constitue le traitement de référence. Son principe est simple : compenser le manque de lumière naturelle en s’exposant chaque matin à une lampe spéciale pendant trente minutes à une heure. Cette exposition permet de resynchroniser l’horloge biologique, de réactiver la production hormonale et d’améliorer l’humeur. Dans les formes plus marquées, la luminothérapie peut être associée à un traitement médicamenteux pour renforcer son efficacité.

La prévention reste essentielle. Les spécialistes recommandent de commencer les séances dès l’automne, avant l’arrivée des symptômes. À cela s’ajoutent plusieurs piliers incontournables : conserver un rythme de sommeil régulier, maintenir une activité physique, veiller à une alimentation équilibrée et préserver autant que possible les interactions sociales malgré la période hivernale.

La projection vers des projets concrets s’avère également bénéfique. Des études montrent que l’anticipation de voyages ou d’activités améliore l’humeur, parfois davantage que l’activité elle-même. Le cerveau a besoin d’horizons positifs pour se stabiliser. Contrairement à ce que suggérait la campagne publicitaire à l’origine du Blue Monday, il ne s’agit pas de réserver un billet pour aller mieux, mais de nourrir une dynamique psychologique durable.

En bref, le Blue Monday est un mythe marketing sans fondement scientifique, mais son succès annuel a au moins un mérite : rappeler que l’hiver est une période sensible pour la santé mentale. La dépression saisonnière touche une part non négligeable de la population et repose sur des mécanismes biologiques clairs, aggravés par l’isolement social et la chute de luminosité.

Les solutions existent : luminothérapie, hygiène de vie, régularité du sommeil, maintien d’un minimum d’activité sociale, et projection dans des projets stimulants. Plutôt que de se laisser distraire par une date inventée pour vendre des voyages, mieux vaut comprendre les véritables leviers qui influencent notre moral durant la saison froide.

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