Efficacité réelle de la Chloroquine: qu’en est-il ?

Avec la pandémie du Covid-19, la Chloroquine est devenue un médicament star. Utilisée depuis longtemps contre le paludisme, c’est un médecin au look improbable et au verbe haut, le professeur Raoult qui a déclaré dès le début de l’épidémie en France que la Chloroquine allait régler le problème rapidement pour cette « petit grippe »..

Devant l’absence de remède et la peur qui envahissait la France, la Chloroquine est devenue une sorte de remède miraculeux que beaucoup ont commencé à réclamer à corps et à cris.

Pourtant, d’autres médecins et même le principal fabricant de la Chloroquine, Sanofi, ont alerté sur l’efficacité non prouvée et sur les dangers des effets secondaires..

Mais quelle est donc exactement l’efficacité de la Chloroquine ?

Dès février 2020, le département de pharmacologie de l’université chinoise de Qingdao a signalé l’activité antivirale du phosphate de chloroquine in vitro (donc pas « en réel » mais dans un laboratoire).

Début mars, une autre équipe chinoise a mentionné des résultats suite au traitement de 30 patients par une dose quotidienne de 400 mg d’hydroxychloroquine pendant 5 jours. Cette étude ne mentionnait aucune différence significative entre le groupe traité et le groupe contrôle.

La potentielle activité inhibitrice de la chloroquine (et de son dérivé, l’hydroxychloroquine) contre les coronavirus date de l’épidémie de Sars-CoV (au début des années 2000).

Mais qu’est-ce que la chloroquine ?

La chloroquine est fabriquée chimiquement. C’est un dérivé de la quinine, un alcaloïde isolé en 1820 par deux français, Pierre Joseph Pelletier et Joseph Bienaimé Caventou.

Elle fut commercialisée sous le nom de Nivaquine, pour combattre le paludisme avant d’être moins utilisée par le paludisme actuel résiste à la chloroquine maintenant.

Quand est-ce que la chloroquine est toxique et pourquoi parle-t-on d’hydrocychloroquine ?

Une dose de 2 grammes de chloroquine est toxique.

Une dose de 4 grammes est mortelle.

Le sulfate d’hydroxychloroquine, mieux toléré par l’organisme, est une alternative prescrite (doses généralement de 600 mg/jour ) dans certaines maladies auto-immunes telles que la maladie lupique et la polyarthrite rhumatoïde, grâce à ses propriétés anti-inflammatoires.

Comment fonctionne la chloroquine ?

La chloroquine et l’hydroxychloroquine ont plusieurs effets.

Techniquement, on joue principalement sur l’ inhibition des fonctions lysosomiales. Les lysosomes sont des vésicules présentes dans les cellules et contenant des enzymes. Actifs lorsque le pH est acide, ces derniers sont capables de digérer la plupart des composants de la cellule : protéines, sucres, lipides, acides nucléiques.

Puis la chloroquine stabilise les membranes des endosomes, une sorte de vésicules présentes dans la cellule et impliquées dans le transit et le tri des molécules. (Ce qui provoque l’effet antipaludique car les responsables du palu pénètrent dans les globules rouges dont ils découpent l’hémoglobine pour fabriquer leurs propres protéines. Ils utilisent pour cela des enzymes contenus dans une vacuole digestive. La chloroquine perturbe le fonctionnement enzymatique, à l’image de ce qui se passe dans les lysosomes).

Par ailleurs, la chloroquine influe en inhibant les fonctions des effecteurs de l’immunité innée (monocytes/macrophages) et spécifiques (activation lymphocytaire), ou en interférant avec certaines voies de signalisation cellulaires. Ce sont ses effets anti-inflammatoires, utilisés pour traiter les maladies auto-immunes telles que l’arthrite rhumatoïde.

Quels effets indésirables de la chloroquine ?

Les effets indésirables les plus courants de la chloroquine sont des vomissements et de la diarrhée. D’autres problèmes plus graves, tels qu’une atteinte de la rétine (rétinopathie) ou du cœur (cardiomyopathie) peuvent arriver lors d’une exposition à long terme à la chloroquine. Par ailleurs, il faut également absolument surveiller les reins des personnes âgées, pour éviter les surdosages.

Efficacité de la chloroquine et hydroxychloroquine ?

L’efficacité de la chloroquine a ainsi été prouvée dans le traitement de la fièvre Q qui pénètre dans les cellules et déclenche des problèmes cardiaques graves, ou de la maladie de Whipple, due à une autre bactérie intracellulaire, qui nécessite un traitement à vie.

Contre les virus, l’efficacité de la chloroquine est moins certaine. Par exemple, plusieurs études ont montré une absence d’efficacité contre les virus du chikungunya, de la dengue ou de la grippe.

Dans le cas du coronavirus Covid-19, l’hypothèse est que la chloroquine pourrait inhiber la fusion de la membrane virale avec la membrane cellulaire, empêchant ainsi le passage du virus dans le compartiment cytoplasmique. L’hydroxychloroquine empêche également la réplication in vitro du virus dans les cultures cellulaires.

Didier Raoult et la chloroquine

Didier Raoult et son équipe se sont faits connaître lors de la crise du coronavirus avec 2 essais (20 mars 2020 pour le 1er).

Ces essais montreraient qu’un traitement de 8 jours, associant l’hydroxychloroquine avec un antibiotique de la série des macrolides, l’azithromycine, aboutirait à une « clairance virale » (le virus n’est plus détecté chez les patients ou dans des cultures cellulaires): concrètement on DIMINUE la charge virale.

L’azithromycine a été utilisé en complément car il a été démontré que dans le cas de l’infection par le virus de la grippe A (H1N1), il gêne le processus d’internalisation du virus.

Les essais du professeur Raoult ont été critiqués en raison du petit nombre de patients, de la non randomisation de l’essai et de l’absence de groupe contrôle.

Par ailleurs, une équipe de l’hôpital Saint-Louis n’a pas pu reproduire les résultats du professeur Raoult sur la clairance virale.

Le 22 mars, a été lancé l’essai Discovery avec 3 200 patients européens pour vérifier l’efficacité de l’hydroxychloroquine sans l’associer à l’azithromycine.

Le CHU d’Angers a débuté l’essai Hycovid, pour tester l’efficacité de cette molécule sur 1 300 patients.

L’OMS entame un essai contrôlé par placebo pour évaluer la prophylaxie à la chloroquine sur le long terme. L’étude impliquerait 20 000 travailleurs de la santé, la chloroquine étant testée quotidiennement avec les doses utilisées pour la polyarthrite rhumatoïde.

En Suède, de nombreux hôpitaux ont arrêté de donner de la chloroquine aux malades car il y a eu plusieurs cas de crampes et de pertes de vision périphérique ainsi que d’un énorme mal de tête.

Pour finir sur la chloroquine, regardez cette vidéo très instructive réalisée par un médecin qui explique pourquoi les essais cliniques randomisés en double aveugle sont essentiels en dépit des intuitions qui donnent envie de brûler les étapes.

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