L’étude analyse la manière dont l’activité physique influence la qualité du sommeil chez les étudiants, et démontre que ce lien passe par 2 rouages souvent ignorés : le niveau de self-control et l’addiction au téléphone.
Les chercheurs ont interrogé 2 274 étudiants provenant de 34 universités chinoises, en respectant une procédure encadrée par un comité d’éthique et conforme aux standards internationaux. Le recueil s’est fait entre le 8 et le 30 octobre 2023, via un questionnaire en ligne ne permettant qu’une seule réponse par adresse IP afin de limiter les biais de duplication. L’enquête excluait les étudiants souffrant de troubles mentaux ou de handicaps physiques, et rappelait l’anonymat complet des données.
L’étude s’appuie sur 4 outils validés en Chine : une échelle d’activité physique (score 0 à 100), le Pittsburgh Sleep Quality Index pour mesurer la qualité du sommeil (plus le score est élevé, plus le sommeil est mauvais), l’échelle de self-control de Tangney et la version courte de l’échelle d’addiction au smartphone SAS-SV. Les coefficients de fiabilité étaient élevés, ce qui garantit la solidité des résultats.
La répartition des étudiants montre une majorité de femmes (67,3 %). La plupart étaient peu actifs physiquement, puisque 69,66 % affichaient un niveau faible d’activité. Le score moyen de sommeil était de 8,61, un niveau révélateur d’une qualité de sommeil fragilisée pour de nombreux participants. Le self-control moyen s’établissait à 2,67, et l’addiction au téléphone à 3,15 sur une échelle de 1 à 6.
Les chercheurs ont commencé par vérifier l’absence de biais liés à la méthode de collecte. L’analyse factorielle de Harman indique que le premier facteur ne pèse que 24 %, bien en dessous du seuil critique, ce qui signifie que les résultats ne sont pas déformés par la méthode d’enquête. Les corrélations ont ensuite été analysées avec la méthode de Pearson : l’activité physique est fortement liée à une meilleure qualité de sommeil (r = –0.541). Plus un étudiant est actif, plus son score PSQI diminue et plus son sommeil est restaurateur. L’activité physique est aussi associée à un self-control plus élevé (r = 0.234) et à une addiction moindre au téléphone (r = –0.367). À l’inverse, les étudiants très dépendants à leur téléphone dorment nettement moins bien, comme en témoigne la corrélation positive entre addiction et mauvais sommeil (r = 0.572).
Les effets ont ensuite été vérifiés par régression. L’activité physique améliore le self-control (β = 0.234), réduit l’addiction au téléphone (β = –0.286) et améliore directement le sommeil (β = –0.351). Le self-control réduit lui-même l’addiction (β = –0.347) et améliore le sommeil (β = –0.331). Enfin, l’addiction au téléphone détériore de manière nette la qualité du sommeil (β = 0.306). Les indices VIF, tous inférieurs à 2, indiquent l’absence de colinéarité problématique.
Les analyses montrent aussi des différences selon le sexe et l’année d’étude. Les étudiantes et les étudiants en dernière année sont plus exposés aux troubles du sommeil et à l’addiction numérique. L’activité physique a un impact substantiel sur la qualité du sommeil, avec un eta² de 0.293, comparable à l’effet de l’addiction au téléphone (eta² = 0.327). Les effets du self-control sont plus modestes mais restent significatifs.
Pour comprendre les mécanismes sous-jacents, les chercheurs ont utilisé un modèle de médiation chaînée et un bootstrap 5 000 répétitions pour réduire les erreurs d’estimation.
Le modèle montre que l’activité physique influence le sommeil par 3 chemins indirects : via le self-control seul, via l’addiction seule, ou via une chaîne combinant self-control et addiction. L’effet total indirect représente 35,16 % de l’impact global. Dans le détail, le self-control explique 14,36 % de l’effet total, l’addiction 16,18 %, et la médiation en chaîne 4,60 %. L’activité physique exerce donc une influence directe mais aussi un effet intérieur : elle renforce la maîtrise de soi, diminue l’usage compulsif du téléphone, et ces deux effets combinés améliorent le sommeil.
Les modèles visuels du fichier permettent de comprendre clairement la dynamique générale : l’activité physique agit en amont, le self-control module la capacité à limiter les comportements problématiques à l’heure du coucher, et l’usage excessif du smartphone achève de perturber l’endormissement et la qualité du sommeil.
Les résultats s’inscrivent dans une littérature déjà riche, où l’on sait que l’activité physique réduit les troubles du sommeil, que l’usage compulsif des écrans perturbe le rythme circadien et inhibe la sécrétion de mélatonine, et que le self-control joue un rôle central dans la régulation des comportements pré-sommeil. L’étude rappelle également que les pressions culturelles et sociales propres aux étudiants chinois – longues périodes d’étude, forte exigence de performance – peuvent accentuer les risques de manque de sommeil ou de dépendance numérique.
L’étude présente toutefois plusieurs limites. Elle repose sur un protocole transversal qui ne permet pas d’établir des causalités définitives. Tous les instruments de mesure sont déclaratifs, ce qui peut introduire un biais. L’étude ne prend pas en compte d’autres variables importantes comme le niveau de stress, l’anxiété, la dépression ou les conditions de vie (lumière, bruit, températures). Les auteurs recommandent que de futurs travaux utilisent des mesures objectives, comme l’actigraphie pour le sommeil ou des podomètres pour l’activité physique, afin d’obtenir des données plus fiables.
La conclusion est claire : l’activité physique agit comme un levier puissant pour améliorer le sommeil des étudiants. Elle augmente le self-control, réduit l’addiction au téléphone, et ces deux facteurs jouent un rôle direct dans la qualité du sommeil. Les chercheurs conseillent aux universités de mettre en place des cours sur l’usage responsable du téléphone, des programmes de prévention sur le sommeil et davantage d’activités sportives encadrées. Le modèle proposé montre la pertinence d’agir à la fois sur l’activité physique, la maîtrise de soi et la gestion du téléphone pour améliorer durablement le sommeil des étudiants.
