Le marché des compléments alimentaires, estimé à 2,7 milliards d’euros en 2023 en France, attire chaque année davantage d’adeptes soucieux de leur bien-être. Selon l’agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), 22 % des adultes français consomment ces produits En 2024, plus de 6 Français sur 10 en ont pris en 2024, contre moins d’un sur deux 6 ans plus tôt. Ce succès s’explique par un marketing omniprésent, la mode du bien-être et la croyance persistante qu’une capsule peut réparer une alimentation imparfaite. Pourtant, derrière cette apparente simplicité, les risques existent bel et bien, et ils sont largement minimisés par les fabricants, par certains commerçants et par l’industrie du bien-être qui entretient l’illusion d’un produit inoffensif.. Derrière les promesses séduisantes de ces pilules magiques se cachent des dangers souvent méconnus.
Comment les compléments alimentaires ont envahi le quotidien ?
Une histoire récente mais une idée ancienne
Même si le concept de nutriments bénéfiques remonte à Hippocrate et ressurgit en 1968 avec les travaux de Linus Pauling sur la médecine orthomoléculaire, les compléments alimentaires tels que nous les connaissons aujourd’hui n’apparaissent réellement sur le marché français qu’à partir des années 2000. C’est l’époque où les promesses santé se multiplient et où les marques identifient une opportunité extrêmement rentable.
Face à l’explosion du secteur, une directive européenne a été adoptée pour encadrer ces produits. Le cadre reste cependant léger, puisqu’un simple enregistrement suffit pour les commercialiser. Cette facilité explique l’abondance et la diversité des produits disponibles.
Une réglementation permissive, des promesses douteuses
Contrairement aux médicaments, les compléments alimentaires échappent à des essais cliniques rigoureux avant leur mise sur le marché. Cela leur permet de s’appuyer sur des stratégies marketing parfois en contradiction avec les principes de santé publique. Prenons l’exemple d’« alcoool », vendu 6 € et censé soulager la gueule de bois ou de la marque Supersmart qui va plus loin avec son « alcohol detox », facturé 45 € pour 120 gélules, promettant de détoxifier l’organisme après une consommation excessive d’alcool.
Une denrée alimentaire, pas un médicament
Un complément alimentaire est officiellement une denrée conçue pour compléter un régime normal. Il s’agit de sources concentrées de nutriments ou de substances ayant un effet nutritionnel ou physiologique. Leur objectif est d’aider à rééquilibrer une alimentation désorganisée.
Beaucoup de consommateurs pensent acheter un médicament “naturel”, une confusion bien entretenue par le marketing. En réalité, ces produits doivent être utilisés en dehors de tout contexte pathologique.
Les fabricants ont l’interdiction d’attribuer des vertus thérapeutiques à leurs produits. Pourtant, les emballages jouent souvent avec les limites en multipliant les termes suggestifs comme “détox” ou “énergie”.
Exemple: Banaliser l’alcool grâce à une pilule
Ces slogans interpellent les professionnels de santé car ils minimisent les dangers de l’alcool, au risque de normaliser des comportements à risque. Ces produits font passer l’alcool pour qqch de « pas grave, pas dangereux » PUISQU’ON PEUR en annuler les effets avec ces pilules magiques et leur marketing. AInsi, le binge drinking, alimenté par ces messages, favorise les comas éthyliques et les addictions.
La tendance « prétox » : une solution trompeuse
Une autre mode gagne du terrain : la « prétox ». Ce concept, destiné à préparer l’organisme à des excès, se veut séduisant avec des conseils comme manger sain, s’hydrater, et consommer des compléments alimentaires onéreux. Les produits, comme « ajydetox » à 24,90 € le sachet, ou les solutions de Blissim à 32 €, vendent une illusion. Derrière ces slogans, encore l’idée que l’on peut compenser ses excès avec une simple pilule encourage des comportements déresponsabilisants.
Attention aux excès… même pour le sucre
Le piège ne s’arrête pas à l’alcool. Des produits comme « anti-spike formula », vendu 58,50 € par GlucoseGoddess, promettent de limiter le pic glycémique après des repas riches en glucides. Si l’objectif semble louable, les visuels associés (cookies, bonbons, frites) suggèrent une consommation sans limite, ce qui est dangereux.
Il faut TOUJOURS privilégier des solutions simples et économiques
Les compléments alimentaires ne remplacent ni une alimentation variée ni une hygiène de vie saine. Une solution naturelle et bien plus abordable consiste à commencer ses repas par des aliments riches en fibres. Ces derniers agissent comme une barrière protectrice, réduisant naturellement l’absorption des glucides.
« Un peu de tout » est l’adage de toutes les personnes en très bonne santé.
La déferlante des vitamines et des poudres beauté
Les produits les plus vendus aujourd’hui sont les vitamines, les probiotiques, les extraits de plantes et les poudres beauté comme le collagène ou l’acide hyaluronique. Leur marketing s’appuie sur l’idée d’un corps qu’il faudrait “optimiser”.
Le cas du collagène : promesses séduisantes, efficacité incertaine
Le collagène est présenté comme une solution globale : peau raffermie, cheveux plus forts, os solides, rides effacées et tendons réparés grâce à la magie des peptides de collagène… Mais une fois ingéré, il est simplement dégradé en acides aminés. Rien ne prouve que ces acides aminés seront réutilisés là où il manque du collagène. Aucune preuve solide ne confirme les effets vantés.
Le cas des vitamines : attention aux idées reçues sur l’immunité
Les vitamines A, B6, B12, C ou D bénéficient d’allégations officielles liées au système immunitaire, mais uniquement à des doses adaptées. Une alimentation équilibrée suffit généralement à couvrir les besoins.
La vitamine D est souvent mise en avant, mais un surdosage peut provoquer une hypercalcémie, parfois sévère, notamment chez les nourrissons. Ceci dit, les déficits d’apport et a fortiori les carences en nutriments sont très rares dans la population générale et ne concernent que la vitamine D.
Le zinc et le magnésium possèdent également des allégations reconnues, mais là encore, tout repose sur les quantités réellement nécessaires.
Attention aux interactions !
Les compléments peuvent interagir entre eux ou avec des médicaments. Quelques exemples :
- Concurrence entre cuivre et zinc lors de l’absorption.
- Interactions entre la réglisse et certains traitements hypokaliémiants.
- Risque hémorragique accru avec le curcuma associé à un anticoagulant.
Des cas graves documentés
Certaines plantes, comme le garcinia cambogia, ont été impliquées dans des cas d’hépatite fulminante. Ces incidents rappellent que ces produits doivent être consommés avec prudence.
Comment vérifier la vérité sur les allégations santé des compléments alimentaires ?
Il existe un registre européen accessible au public, qui répertorie les allégations autorisées. Il permet de distinguer les promesses fantaisistes des effets réellement validés. Peu de consommateurs le consultent, et de nombreuses marques profitent de ce manque d’information.
Recommandations essentielles avant de consommer des compléments alimentaires
Prendre le temps de se poser les bonnes questions
Avant d’acheter un complément alimentaire, il faut se demander si le besoin est réel. Beaucoup de sensations courantes — fatigue, stress, tensions musculaires — ne nécessitent pas l’achat d’une pilule. Dans de nombreux cas, un travail alimentaire suffit.
Méfiance accrue pour les achats en ligne
Environ 10% des compléments sont achetés sur Internet. Le risque majeur vient de l’absence de conseil : en quelques clics, on peut acheter un produit surdosé, mal contrôlé ou contrefait. Une fois reçu, il est trop tard pour poser la moindre question.
Le rôle de la nutri-vigilance
Un dispositif de signalement existe depuis 2009 pour surveiller les effets indésirables. Les professionnels de santé et les consommateurs peuvent y déclarer des incidents, ce qui montre que ces produits ne sont pas sans risques. –> https://www.nutrivigilance-anses.fr/
